Etienne Edouard Charles OEMICHEN

                      Etienne Edouard Charles OEMICHEN (1884-1955), dans cette lettre du 26 Septembre 1933 pleine de tact et d'humour,  informe son cousin Pierre Héring de son invention du vol vertical, permettant la création de l'hélicoptère...à l'occasion du mariage de sa fille Elisabeth...Nul doute que les deux cousins polytechniciens auraient pu être écoutés et appréciés par les Autorités civiles et militaires en temps utile: l'un pour sa conception stratégique militaire de la "guerre de mouvement", l'autre pour ses inventions aéronautiques. Les responsables politiques et militaires de l'époque préfèrèrent s'en tenir à ce qu'ils connaissaient...

Il fut le premier à voler en hélicopère.

 

Le 26 Septembre 1933

 

Mon cher Pierre,

Je ne saurai te dire à quel point ta lettre m'a touché et navré aussi pour ce que tu me dis de Minette. Si lointain que je sois en apparence, je ne me sens pas moins, crois-le bien, aussi proche de toi et des tiens qu'il est possible de l'imaginer.Je viendrai avec le plus grand plaisir au mariage de ta fille (Elisabeth), mais je te demande de ne pas me conprendre dans le brillant cortège qui l'accompagnera le 12 Octobre. J'ai pour cela deux raisons, que je t'exposerai tout simplement.

La première, c'est une espèce de phobie tout à fait invincible qui s'est emparée de moi depuis pas mal de temps et m'écarte systématiquement de tout ce qui est d'habitude si recherché par les mortels, savoir: la mise en vedette, le passage de l'ombre à la lumière et, d'une façon générale, l'implantation au sein d'une assemblée que je me sens dans l'impossibilité de quitter; j'éprouve alors une espèce de vertige nerveux des plus stupides, mais incoercible. J'en fais tout bonnement l'aveu et tu y verras la principale raison de ma présente ourserie qui n'est nullement volontaire.

La seconde raison, non plus que la précédente n'est soumise à mon propre contrôle. J'attends en effet pour la première quinzaine d'Octobre une audience du Ministre de l'Air qui doit examiner avec moi les possibilités de mise en pratique de mes éculubrations aéronautiques Si par un concours de circonstances particulièrement fâcheuses, ce potentat, qui ne m'a pas encore fixé de date précise, me convoquait pour le 12 Octobre, je serais obligé de filer sur Paris. Je n'aurai alors réussi qu'à déranger tes projets et à t'être finalement tout à fait désagréable.

Peut-être sais-tu que j'ai finalement résolu complètement le problème du vol vertical. J'ai trouvé à l'Etat-Major général et au Conseil supérieur de la Guerre des concours extrêmement bienveillants et notamment celui du Général DEBENEY à qui je dois de n'avoir point succombé sous le poids de ma tâche.
Ce que j'ai fabriqué restera donc et sera utile au pays , je ne sais pas si c'est ma spécialisation à outrance qui m'a rendu si bête, je serais porté à le croire . J'imagine volontiers que tu pourras dire plus tard : "le bonhomme qui a réalisé le vol vertical était mon cousin, une espèce de fou complétement désaxé, dont il était impossible de tirer quoi que ce fut de bon, en dehors de ses mécaniques aériennes. Il a eu toutefois l'esprit de débarasser le plancher après avoir pondu l'oeuf que vous voyez, et qui n'est, ma foi, pas trop mal"

En attendant, je me réjouis d'assister au mariage comme prévenu libre s'entend, et c'est avec un plaisir extrême que je saisirai cette occasion d'aller vous dire toute ma vieille affection, et te raconter peut-être, si tu as le temps de m'écouter et si cela t'intéresse, quelques petites histoires de mon domaine, qui, comme tu le sais, s'étend jusque dans les nuages.

Veux-tu, je te prie,me rappeler au bon souvenir de ma cousine qui ne m'a peut-être pas complètement oublié, transmettre mes voeux les plus chaleureux à ta fille, et garder pour toi la très fidèle expression de mon attachement familial.

Signé : Etienne OEMICHEN

 

 

 

 

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